Deux personnes peuvent parcourir le même sentier sur North Seymour et revenir avec deux îles différentes. L’une a vu des fous, des iguanes et des otaries. L’autre a compris qui courtise qui, quel mâle défend quelle plage, et pourquoi les frégates se rassemblent sur ce buisson précis. La différence n’est pas une question de chance. C’est l’habitude de lire de petits signes, une habitude que nos naturalistes pratiquent depuis l’enfance. En voici quelques-uns.
Écouter avant de regarder
Chez les fous à pieds bleus, mâles et femelles se ressemblent presque, mais on peut les distinguer les yeux fermés : le mâle siffle, la femelle pousse un cri rauque. Écoutez pendant une parade et vous saurez qui danse pour qui. Regardez aussi de près : la pupille de la femelle paraît plus grande, cerclée d’un iris plus sombre.

La couleur des pieds
Le bleu des pieds d’un fou vient des pigments des poissons qu’il mange, et il pâlit en quelques jours si l’oiseau se nourrit mal. Un couple aux pieds bien bleus est un couple qui pêche bien ; une colonie aux pieds pâles annonce souvent une saison maigre en mer. Sans un mot, la colonie vous dit comment va l’océan.
L’éternuement de l’iguane marin
Si un iguane marin semble éternuer dans votre direction, ce n’est pas un avertissement. En broutant les algues en mer, il avale bien plus de sel qu’il ne lui en faut, et rejette l’excédent par des glandes proches de ses narines. La croûte blanche sur sa tête est du sel séché. Un iguane qui éternue vient de sortir de l’eau.
L’aboiement au bord de l’eau
Une grande otarie mâle qui nage en va-et-vient le long d’une plage en aboyant n’est pas en train de vous saluer. C’est un mâle territorial qui patrouille sa portion de rivage et ses femelles. Un bon naturaliste tient le groupe à l’écart de son chemin et vous place là où vous pouvez observer la patrouille sans la croiser. Les petits, à l’inverse, restent souvent seuls sur le sable pendant que leur mère pêche : ils ne sont pas abandonnés, et ne doivent jamais être approchés ni touchés.

Le ballon rouge dans les buissons
Quand les frégates mâles se rassemblent sur des buissons bas et gonflent leur poche gulaire rouge, levez les yeux plutôt que de les regarder. La parade s’adresse aux femelles qui volent au-dessus, et l’instant où une femelle descend choisir un mâle est l’une des scènes les plus fugaces des îles. Savoir où regarder, c’est déjà la moitié du spectacle.

Le paysage donne l’heure
Une lave lisse et cordée, presque sans plantes, comme à Sullivan Bay, est jeune, parfois d’à peine un siècle. Des scories rouges et friables couvertes de végétation sont bien plus anciennes. À l’est, les îles sont basses et érodées ; à l’ouest, hautes, noires et encore actives. Chaque débarquement est aussi une page d’histoire géologique, écrite dans le sol sous vos pieds.
Pourquoi c’est important
Lire ces signes transforme une liste d’observations en compréhension du fonctionnement des îles, et c’est cette compréhension que nos hôtes retiennent longtemps après les photographies. C’est aussi la façon de garder ses distances avec intelligence : savoir ce que fait un animal nous dit jusqu’où nous pouvons approcher sans le perturber.
À chaque expédition, Samuel ou John lit les îles avec vous, débarquement après débarquement.